Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko et dissout le gouvernement

Le Sénégal entre dans une nouvelle zone de turbulences politiques. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko et dissous l’ensemble du gouvernement, consacrant une rupture désormais ouverte entre les deux principales figures de l’alternance politique de 2024.

Cette décision marque un tournant majeur dans la vie politique sénégalaise, tant les deux hommes apparaissaient jusque-là comme les symboles d’un même projet politique porté par le parti Pastef. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison de ses démêlés judiciaires, Ousmane Sonko avait activement soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, largement élu à la magistrature suprême en mars 2024.

Quelques heures après son éviction, l’ancien chef du gouvernement a réagi sur les réseaux sociaux dans un message au ton détaché : « Ce soir, je dormirai le cœur léger dans le quartier de Keur Gorgui », en référence à sa résidence privée à Dakar.

Une rupture devenue inévitable

Depuis plusieurs mois, les tensions entre les deux dirigeants étaient devenues visibles au sommet de l’État. En mars dernier, Ousmane Sonko avait publiquement menacé de retirer le Pastef de la coalition gouvernementale si le président s’éloignait de la ligne idéologique défendue par le parti.

Cette sortie avait confirmé l’existence de profondes divergences sur la conduite du pouvoir et la gestion des réformes promises lors de l’alternance.

Durant son passage à la primature, Ousmane Sonko s’est imposé comme le principal défenseur d’une ligne souverainiste et panafricaniste. Son gouvernement avait notamment engagé plusieurs audits des contrats liés aux ressources naturelles, particulièrement dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines.

L’ancien Premier ministre avait vivement critiqué le contrat gazier liant le Sénégal à la compagnie britannique BP dans le cadre du projet Greater Tortue Ahmeyim, qu’il jugeait déséquilibré au détriment des intérêts sénégalais. Son administration avait également procédé à la révocation de 71 licences minières dans le cadre de la révision des contrats d’exploitation.

Pour Ousmane Sonko, la renégociation des accords miniers et énergétiques devait permettre de réduire le coût de l’énergie pour les ménages et d’améliorer les finances publiques du pays.

La crise économique au cœur des tensions

Au-delà des divergences idéologiques, la gestion de la situation économique semble avoir accéléré la rupture entre les deux hommes. Le Sénégal traverse actuellement une période de fortes tensions budgétaires et financières.

Le Fonds monétaire international a récemment suspendu son programme de prêt de 1,8 milliard de dollars destiné au Sénégal après la découverte d’irrégularités dans les déclarations liées à la dette publique. Selon les dernières estimations, la dette sénégalaise pourrait atteindre 132 % du produit intérieur brut à la fin de l’année 2024.

Face à cette crise, les divergences de stratégie se sont accentuées entre le président et son Premier ministre. En novembre dernier, Ousmane Sonko s’était opposé à toute restructuration de la dette publique, évaluée à près de 13 milliards de dollars, accusant le FMI d’exercer des pressions excessives sur les autorités sénégalaises.

À l’inverse, le président Bassirou Diomaye Faye semblait privilégier une approche plus prudente et plus conciliatrice avec les partenaires financiers internationaux.

Une nouvelle incertitude politique

Le limogeage d’Ousmane Sonko ouvre désormais une période d’incertitude politique au Sénégal. La rupture entre les deux figures emblématiques de l’alternance de 2024 risque de rebattre les cartes au sein de la majorité et de fragiliser davantage un pouvoir déjà confronté à d’importants défis économiques et sociaux.

Reste désormais à savoir quelle orientation politique choisira le président Bassirou Diomaye Faye pour la suite de son mandat, dans un contexte où la popularité et l’influence d’Ousmane Sonko demeurent particulièrement fortes auprès d’une large partie de la jeunesse sénégalaise.

Honoré Diakiese

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