Malgré l’amélioration progressive de la situation sécuritaire dans plusieurs zones du Kwango autrefois touchées par les violences des miliciens Mobondo, de nombreux déplacés restent confrontés à d’importantes difficultés pour regagner leurs villages d’origine. Le manque de moyens financiers, l’absence d’habitations et la destruction des moyens de subsistance constituent aujourd’hui les principaux obstacles au retour des populations affectées.
La situation concerne particulièrement les territoires de Kenge et de Popokabaka, où plusieurs familles avaient fui les attaques et les exactions perpétrées par les miliciens Mobondo. Ces déplacés avaient notamment trouvé refuge dans la ville de Kenge ainsi que dans les villages 316 et Bukangalonzo, selon les autorités provinciales du Kwango.
Le vice-gouverneur de province, Rémy Saki, a dressé ce constat après avoir procédé à la distribution de vivres destinés à 600 familles d’accueil hébergeant encore des déplacés internes.
Les autorités provinciales reconnaissent toutefois que le nombre exact de personnes toujours en déplacement reste difficile à établir, certains ménages ayant déjà commencé à retourner dans les localités proches de leurs villages d’origine depuis le retour progressif de l’accalmie.
Face à cette situation, le gouvernement provincial appelle à une mobilisation urgente des moyens pour accompagner les populations sinistrées dans la reconstruction de leur vie après plusieurs mois de violences.
« Les défis sont nombreux. Il faut vraiment accompagner les ménages de déplacés. Certains sont déjà rentrés, mais d’autres sont confrontés aux difficultés financières et manquent d’habitations. Ils ne savent pas comment aller reprendre la vie là où ils étaient. Ils manquent de vêtements, d’outils pour les travaux des champs. C’est pour cela que nous continuons à chercher des moyens. Il y a lieu d’assister certains foyers dont les maisons ont été totalement brûlées. Nous demandons au gouvernement central de prêter une oreille attentive au cri d’alarme du gouvernement provincial », a déclaré Rémy Saki.
Les autorités provinciales plaident ainsi pour la mise en place d’un programme global d’accompagnement humanitaire et de relèvement communautaire afin de permettre aux populations déplacées de reconstruire leurs habitations, reprendre les activités agricoles et retrouver des conditions de vie normales.
La province du Kwango figure parmi les principales zones touchées par la crise des Mobondo, après le territoire de Kwamouth, considéré comme l’épicentre du conflit dans la province du Maï-Ndombe, puis le territoire de Bagata, avant l’extension des violences vers Maluku, dans la ville-province de Kinshasa.
Au Kwango, le village Batshongo, situé sur la Route nationale numéro 1 (RN1), avait été la première cible importante des miliciens Mobondo. Les affrontements qui avaient opposé les insurgés aux Forces armées de la République démocratique du Congo le 12 mai 2023 avaient fait au moins onze morts, parmi lesquels des miliciens, des militaires et des policiers, ainsi que plusieurs blessés.
Malgré l’instauration d’un couvre-feu par les autorités provinciales pour tenter de sécuriser le trafic sur la RN1, l’insécurité s’était progressivement propagée dans d’autres villages du Kwango. Plusieurs cas de violences sexuelles visant des femmes voyageuses ainsi que des actes de tracasseries sur la rivière Kwango avaient également été signalés durant cette période.
Le territoire de Popokabaka sera finalement le dernier bastion important des miliciens Mobondo. C’est d’ailleurs dans le village Ipongi, situé dans ce territoire, que la dissolution du mouvement Mobondo avait été officiellement annoncée par son chef présumé, Sadam alias « Faux Yaya », à l’issue d’une mission de reddition, démobilisation et désarmement.
Si la paix semble progressivement revenir dans plusieurs localités touchées, les défis humanitaires et socioéconomiques demeurent considérables pour des milliers de familles qui tentent encore de se reconstruire après des mois de violences et de déplacements forcés.
Kerene Bausa Mbo


