Mozambique : Kigali menace de retirer ses troupes engagées dans la lutte antiterroriste

Le Rwanda a averti qu’il pourrait retirer ses forces déployées dans le nord du Mozambique si un financement durable de ses opérations militaires n’est pas assuré. Cette mise en garde a été exprimée par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, en réaction aux informations évoquant l’expiration prochaine d’un financement européen destiné à soutenir la présence rwandaise dans la province de Cabo Delgado.

Selon les autorités rwandaises, la contribution de la Facilité européenne pour la paix s’élève à environ 20 millions d’euros pour appuyer cette mission. Toutefois, Kigali affirme que le coût réel de l’opération pour le Rwanda serait au moins dix fois supérieur.

Dans un message publié sur le réseau social X, le chef de la diplomatie rwandaise a défendu l’engagement de son pays dans cette région confrontée depuis plusieurs années à une insurrection jihadiste. Il a souligné que les forces rwandaises avaient consenti d’importants sacrifices pour stabiliser la zone, permettre le retour des déplacés, la reprise des activités économiques et la relance des projets énergétiques majeurs.

« Nous n’avons pas engagé des centaines de millions de dollars et nos soldats n’ont pas fait le sacrifice ultime pour ensuite voir leurs efforts constamment remis en cause ou sanctionnés par les pays mêmes qui bénéficient de cette intervention », a déclaré le ministre, affirmant que le Rwanda pourrait se retirer si ses actions ne sont pas reconnues à leur juste valeur.

Le Rwanda maintient depuis 2021 environ un millier de militaires et de policiers au Mozambique afin d’appuyer les forces locales face aux groupes armés affiliés à l’organisation État islamique, actifs dans la province de Cabo Delgado depuis 2017.

Cette région stratégique abrite d’importantes réserves de gaz naturel exploitées par plusieurs multinationales, dont TotalEnergies, Eni et ExxonMobil. Fin janvier, TotalEnergies a annoncé la relance de son vaste projet de gaz naturel liquéfié, estimé à près de 20 milliards de dollars, suspendu après l’attaque jihadiste contre la ville de Palma en mars 2021.

Selon l’ONG ACLED, le conflit dans la province de Cabo Delgado a déjà causé la mort d’au moins 6 400 personnes depuis 2017. La reprise du projet gazier, présenté comme l’un des plus grands investissements privés dans les infrastructures énergétiques du continent africain, vise un démarrage de la production à l’horizon 2029.

Par ailleurs, cette déclaration intervient dans un contexte de tensions diplomatiques, alors que les États-Unis ont récemment imposé des sanctions contre l’armée rwandaise pour son soutien présumé au groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. L’Union européenne avait également sanctionné certains responsables militaires rwandais l’année dernière.

David Batamana

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