Embouteillages, vols et agressions : Me Bertrand Tshibala décrit le quotidien des Kinois

Embouteillages interminables, transports chaotiques et sentiment d’insécurité croissant : la vie quotidienne des habitants de Kinshasa est marquée par de nombreux défis. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, Me Bertrand Tshibala, avocat et président de la Team BT, analyse les causes de ces difficultés qui affectent la capitale congolaise et propose plusieurs pistes de solutions pour améliorer la mobilité urbaine et renforcer la sécurité des Kinois.

« Les embouteillages redéfinissent la vie professionnelle et familiale »

Question : Les embouteillages font partie du quotidien à Kinshasa. Comment cette situation impacte-t-elle votre travail, vos activités et votre vie familiale ?

Me Bertrand Tshibala :
Pour être pragmatique, je dirais que l’impact des embouteillages à Kinshasa dépasse largement le simple cadre du transport. C’est un facteur qui redéfinit structurellement la vie professionnelle, sociale et familiale.

Sur le plan professionnel, le trafic dicte désormais l’agenda de travail, souvent au détriment de la performance réelle. La fatigue s’accumule avant même d’arriver au bureau, ce qui entraîne une baisse de la productivité.

Il y a également un coût financier important. Les retards fréquents et la consommation excessive de carburant pèsent sur les budgets des travailleurs.

Enfin, on observe souvent un phénomène de présentéisme : certaines personnes restent plus longtemps au bureau, non pas à cause de la charge de travail, mais pour attendre que la circulation devienne plus fluide.

« Les embouteillages résultent d’une combinaison de facteurs »

Question : Selon vous, quelles sont les principales causes des embouteillages dans la ville ?

Me Bertrand Tshibala :
Les embouteillages à Kinshasa résultent d’une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels.

D’abord, il y a le problème des infrastructures routières inadaptées et saturées. Les routes sont souvent étroites, les voies secondaires insuffisantes et certaines chaussées sont en mauvais état.

Ensuite, il faut reconnaître le comportement de certains usagers. Le non-respect du code de la route est fréquent. Les bus de transport en commun, souvent appelés « Esprit de mort », s’arrêtent brusquement pour prendre des passagers. Les taxis-motos font parfois la même chose en pleine chaussée, bloquant toute la circulation derrière eux.

Il faut également mentionner les marchés pirates. L’occupation des trottoirs et parfois même d’une partie de la chaussée par des commerçants ambulants réduit considérablement l’espace disponible pour les véhicules.

Enfin, la multiplication des chantiers dans la ville, bien que nécessaire pour son développement, contribue également à aggraver la situation actuelle.

« Restaurer l’autorité de l’État sur la chaussée »

Question : Quelles mesures concrètes les autorités devraient-elles prendre pour réduire les embouteillages ?

Me Bertrand Tshibala :
Pour fluidifier le trafic à Kinshasa, les autorités doivent agir sur trois axes : l’urgence immédiate, la modernisation des infrastructures et le changement de comportement des usagers.

Dans l’immédiat, il faut restaurer l’autorité de l’État sur la chaussée. Cela passe par une meilleure régulation de la circulation, des interdictions ciblées et une meilleure organisation du stationnement.

À long terme, la modernisation des transports de masse est essentielle. Le retour du rail avec le projet Métro-Kin, l’augmentation du parc de bus publics et le développement d’un tramway pourraient améliorer considérablement la mobilité dans la capitale.

Il est également important de développer les infrastructures routières, notamment la rocade de Kinshasa, les routes transversales et la modernisation de la signalisation.

Insécurité : « Le sentiment de sécurité est devenu conditionnel »

« Une perception différente selon les communes »

Question : Comment percevez-vous aujourd’hui la situation sécuritaire dans votre quartier ou votre commune ?

Me Bertrand Tshibala :
La perception de la sécurité à Kinshasa varie énormément selon les communes. Entre la Gombe, Ngaliema ou des communes plus populaires comme Masina ou Bumbu, les réalités sont différentes.

Dans mon quartier, à Ngaliema Macampagne, on observe une relative accalmie. La présence renforcée des forces de l’ordre aux carrefours a eu un effet dissuasif sur la petite délinquance.

Cependant, la peur des cambriolages nocturnes reste présente. Les habitants renforcent leurs dispositifs de sécurité et leur gardiennage.

Dans certains quartiers, le phénomène des kuluna reste une source importante d’inquiétude. La tombée de la nuit impose parfois un véritable couvre-feu informel, où les activités économiques cessent par prudence.

« J’ai failli être victime d’une agression »

Question : Avez-vous déjà été victime ou témoin d’un acte d’insécurité ?

Me Bertrand Tshibala :
Oui, j’ai personnellement vécu une situation très dangereuse. À cause des embouteillages, j’avais pris un taxi-moto. J’ai dû descendre avant la destination prévue pour rentrer rapidement à la maison.

Pendant que je discutais avec le conducteur, deux motos se sont approchées derrière nous. L’un des individus a sorti une machette. Heureusement, j’ai crié et ils ont finalement pris la fuite.

Aujourd’hui, on ne marche plus simplement dans la rue. On observe son environnement, on surveille les motos qui ralentissent et on fait attention aux personnes qui montent dans les taxis. Le sentiment de sécurité est devenu conditionnel.

« Technologie, prévention et réinsertion »

Question : Que recommanderiez-vous aux autorités pour renforcer la sécurité ?

Me Bertrand Tshibala :
Pour renforcer durablement la sécurité à Kinshasa, les solutions doivent combiner technologie, proximité policière et réinsertion sociale.

Il faut d’abord sécuriser les transports publics. Les enlèvements dans les taxis créent une véritable psychose. Les autorités devraient généraliser les QR codes et la géolocalisation des véhicules afin que les passagers puissent identifier les conducteurs.

L’interdiction des vitres teintées dans les transports doit également être appliquée avec rigueur.

Il serait aussi utile d’installer des bornes d’alerte dans les zones très fréquentées comme les arrêts de bus ou les grands carrefours.

Enfin, la lutte contre le phénomène kuluna doit s’accompagner de programmes de réinsertion, du soutien aux associations locales et du développement de la vidéosurveillance et de l’éclairage public.

La Plume de Coulisse

One thought on “Embouteillages, vols et agressions : Me Bertrand Tshibala décrit le quotidien des Kinois

  1. Vous avez pas seulement résumé la situation actuelle à Kinshasa mais aussi des solutions rapide et simple merci maitre

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