Fonction publique : Jean-Pierre Lihau rassure après l’alerte du FMI sur l’explosion de la masse salariale en RDC

Le gouvernement congolais affirme prendre au sérieux les inquiétudes exprimées par le Fonds monétaire international concernant la hausse continue de la masse salariale publique en République démocratique du Congo. Face aux risques budgétaires relevés dans le cadre du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) conclu avec la RDC, les autorités assurent avoir engagé plusieurs réformes destinées à rationaliser les effectifs de l’administration publique et à mieux maîtriser les dépenses salariales.

Ces assurances ont été données lundi 18 mai 2026 par Jean-Pierre Lihau, Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Modernisation de l’administration et Innovation du service public, à l’occasion d’un briefing presse consacré à la présentation du rapport La Fonction publique en chiffres.

Devant la presse, le patron de la Fonction publique a insisté sur la fiabilité des données contenues dans ce document, précisant qu’elles reposent sur des sources officielles et des analyses techniques approfondies.

« Ici, c’est une étude scientifique qui a été menée pendant une année. Les données qui sont là ne sont pas des données inventées. Nous les tirons des différents rapports du FMI, des différentes sources, des calculs effectués sur SEMRAP, du ministère du Budget, des différents rapports de la Banque centrale du Congo, mais aussi des différents documents d’exécution budgétaire. Ce sont des documents vérifiables », a déclaré Jean-Pierre Lihau.

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Le membre du gouvernement a expliqué que les recommandations du FMI sont désormais intégrées dans la stratégie de réforme de l’administration publique. Selon lui, plusieurs actions sont en cours afin de lutter contre les effectifs pléthoriques, les recrutements irréguliers ainsi que les fortes disparités salariales observées dans certains secteurs de l’administration.

« Nous avons tenu compte des observations du FMI. Les efforts que nous faisons en mettant ces données à votre disposition, ainsi qu’à la disposition de la communauté administrative et de la communauté nationale, visent justement à permettre une meilleure gestion des ressources humaines de l’État. Il s’agit de combattre la pléthore, de lutter contre les recrutements fantaisistes, de réduire les disparités dans l’octroi des primes et dans la rémunération de façon générale, afin d’être dans les ratios voulus », a-t-il précisé.

Le gouvernement cherche notamment à maintenir la masse salariale dans la limite des 35 % des recettes internes, seuil considéré comme soutenable dans les équilibres budgétaires fixés avec les partenaires financiers internationaux.

Reconnaissant l’existence de tensions croissantes sur les finances publiques, Jean-Pierre Lihau a confirmé qu’une alerte avait déjà été formulée au sein du gouvernement concernant les exercices budgétaires 2025 et 2026.

« Il est vrai qu’une alerte a été donnée par le ministre des Finances pour 2025 et 2026, et aujourd’hui nous travaillons pour rester dans la marge voulue. Aujourd’hui, nous nous battons pour le faire redescendre davantage », a-t-il souligné.

Le Vice-Premier ministre est également revenu sur l’audit de l’état liquidatif de la paie ordonné par le président Félix Tshisekedi afin d’identifier les causes de l’augmentation de la masse salariale malgré l’absence officielle de nouveaux recrutements massifs dans la Fonction publique.

Selon lui, cet audit devrait bientôt livrer ses conclusions et permettre au gouvernement de corriger les anomalies constatées.

« C’est dans ce cadre qu’un audit a été diligenté par le Chef de l’État Félix Tshisekedi afin de nous permettre de dénicher, malgré l’absence de recrutements dans la fonction publique, de comprendre et d’identifier les causes de l’explosion constatée, ainsi que les chiffres qui ont évolué dans le sens de l’augmentation. Je pense que bientôt vous aurez le rapport et les recommandations qui vont en découler pour nous permettre de revenir à la normalité », a rassuré le ministre.

Dans sa deuxième revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit, le Fonds monétaire international avait classé l’évolution de la masse salariale parmi les principaux facteurs de risque budgétaire en RDC. L’institution de Bretton Woods relève notamment une forte progression des dépenses de rémunération dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice.

Selon le FMI, cette hausse résulte principalement des ajustements salariaux accordés à plusieurs catégories d’agents publics, des opérations de régularisation administrative ainsi que de l’exécution d’engagements pris antérieurement par les autorités congolaises. Cette dynamique aurait fortement accru les dépenses courantes entre 2024 et 2025, réduisant ainsi les marges budgétaires dans un contexte déjà marqué par l’augmentation des dépenses sécuritaires.

La question avait d’ailleurs été abordée lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres tenue à la Cité de l’Union africaine sous la présidence de Félix Tshisekedi. À cette occasion, le chef de l’État avait exprimé ses préoccupations face aux retards récurrents observés dans le paiement des agents et fonctionnaires de l’État.

Selon le compte rendu présenté par Patrick Muyaya, le président de la République avait instruit la réalisation d’un audit complet de l’état liquidatif de la paie, avec pour objectif de garantir la soutenabilité des finances publiques et d’assurer la régularité du paiement des salaires dans l’administration publique congolaise.

Rewil Bolio

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