Déjà fragilisé par les controverses entourant son entourage, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez fait désormais face à une nouvelle tempête politique avec l’éclatement de l’affaire José Luis Ábalos, ancien ministre des Transports et figure clé de son dispositif politique.
Au cœur de ce scandale politico-financier : des soupçons de contrats irréguliers liés à la vente de masques durant la pandémie de COVID-19. L’ancien proche du chef du gouvernement est accusé de corruption, entre autres chefs d’inculpation. Son procès, qui implique également d’autres personnalités, s’est ouvert le 7 avril, et il encourt jusqu’à 24 ans de prison.
Une affaire aux conséquences potentiellement explosives
Au-delà des faits reprochés, l’enjeu politique est majeur. Pour Benoît Pellistrandi, historien spécialiste de l’Espagne, la question centrale reste celle d’un éventuel financement illégal du Parti socialiste :
« La grande question est de savoir s’il y a eu un financement irrégulier du Parti socialiste. […] Si un financement illégal est démontré à l’issue du procès, c’est toute la crédibilité politique et morale du Parti socialiste qui sera atteinte. Et Pedro Sánchez devra en tirer les conclusions. »
Une hypothèse d’autant plus sensible que Pedro Sánchez était arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d’une motion de censure consécutive à la condamnation du Parti populaire dans une affaire de corruption.
Une opposition en embuscade
Face à cette accumulation d’affaires, l’opposition multiplie les appels à la démission du chef du gouvernement. Elle s’appuie notamment sur les liens étroits qui unissaient Pedro Sánchez à José Luis Ábalos, malgré les déclarations du Premier ministre affirmant ne pas avoir été informé, voire ne pas entretenir de relation personnelle avec son ancien ministre.
Pour l’heure, Pedro Sánchez maintient sa ligne de défense et conserve son poste. Le système institutionnel espagnol, qui impose une motion de censure constructive — c’est-à-dire la désignation d’un successeur — joue en sa faveur, faute de majorité alternative claire.
Un avenir politique suspendu aux échéances électorales
Malgré les turbulences, le Parti socialiste a récemment limité les dégâts lors d’élections régionales, profitant notamment des positions anti-guerre du Premier ministre qui ont contribué à soutenir sa popularité.
La prochaine échéance déterminante aura lieu le 17 mai en Andalousie, ancien bastion socialiste. Un scrutin qui fera figure de test avant les élections législatives prévues l’an prochain.
Dans un climat politique sous tension, l’issue du procès Ábalos pourrait bien redéfinir les équilibres au sommet de l’État et peser durablement sur l’avenir de Pedro Sánchez.
Vanessa Kampond


