Alors que le Conseil des droits de l’homme (CDH) se réunit à Genève pour sa 61ᵉ session, le rapport de l’ONU sur la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo suscite de vifs débats. Ce document, qui documente de graves violations depuis janvier 2025, est aujourd’hui contesté par les acteurs qu’il met en cause.
Un rapport d’enquête aux conclusions graves
Publié fin 2025, le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme dresse un bilan alarmant de la situation dans le Nord et le Sud-Kivu. Après des investigations menées entre mars et août 2025, les experts onusiens évoquent des faits pouvant constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Toutefois, la mission d’enquête souligne une limite majeure : l’accès aux zones sous contrôle de l’AFC/M23 lui a été systématiquement refusé par le commandement de ce mouvement, empêchant toute vérification directe sur le terrain.
La stratégie de contestation à Genève
En marge de la session qui se tient du 23 février au 31 mars 2026 au Palais des Nations, l’AFC/M23 a dépêché une mission pour récuser les conclusions des experts. Leur argumentation repose sur une remise en question de la méthodologie de l’ONU :
- L’étendue géographique : Les contestataires dénoncent une enquête limitée aux Kivu. Selon eux, l’omission d’autres zones de conflit comme l’Ituri ou le Maï-Ndombe créerait une « justice asymétrique » qui épargnerait les responsabilités étatiques.
- Le cadre temporel : Le choix de faire débuter l’enquête en janvier 2025 est également critiqué. Pour les délégués du mouvement, ce découpage occulte les racines plus anciennes du conflit et les alertes documentées depuis 2017.
Vers une judiciarisation du dossier
Malgré ces critiques de forme, la mission onusienne maintient la validité de ses travaux. Elle affirme avoir constitué des dossiers précis identifiant des individus et des unités spécifiques potentiellement responsables d’atteintes aux droits de l’homme.
Ces éléments ont déjà été transmis aux « mécanismes de redevabilité compétents », ouvrant la voie à de possibles poursuites pénales internationales. Le débat à Genève illustre ainsi la tension croissante entre la documentation des crimes sur le terrain et la bataille diplomatique qui se joue désormais dans les instances internationales.
Rewil BOLIO


