Gombe : la manifestation de la Force du Progrès met les autorités face à leurs contradictions

Le sit-in organisé vendredi 26 juin devant le Centre interdiocésain par la Force du Progrès, branche des jeunes de l’UDPS, pourrait avoir des conséquences politiques dépassant largement son objectif initial. En choisissant de manifester dans la commune de la Gombe, au cœur des institutions de la République, les militants du parti présidentiel ont relancé le débat sur le caractère prétendument « neutre » de cette commune, un argument avancé quelques jours plus tôt pour contester la marche annoncée par la coalition d’opposition C64.

Pendant près de deux heures, les militants ont occupé les abords du siège de la CENCO, dénonçant les prises de position des évêques sur le projet de révision de la Constitution. Des pneus ont été incendiés, la circulation a été perturbée et l’accès au Centre interdiocésain momentanément bloqué, avant qu’un mémo ne soit remis aux responsables de l’Église catholique.

Dans ce document, la Force du Progrès réaffirme son soutien au projet de changement de la Constitution, présenté comme une composante de la vision politique du président Félix Tshisekedi. Les militants invitent également la CENCO à respecter les institutions de la République et le chef de l’État.

Au-delà du contenu de ce mémo, c’est surtout le lieu choisi pour cette démonstration qui retient l’attention. Située à proximité immédiate du Palais de la Nation, de la Banque centrale du Congo et d’autres institutions stratégiques, la commune de la Gombe avait récemment été présentée par les autorités comme un espace où les manifestations politiques ne pouvaient être autorisées pour des raisons de sécurité.

Cette position est désormais exploitée par l’opposition. Quelques heures après le sit-in, le porte-parole de la coalition Lamuka, Prince Epenge, a estimé que la manifestation de la Force du Progrès créait un précédent favorable à leur propre mobilisation prévue le 8 juillet.

« Bravo à l’UDPS pour sa manifestation politique devant la CENCO à la Gombe. Il n’y a donc plus de zone neutre. Le 8 juillet, ce sera au tour de la C64 de marcher vers le Palais de la Nation », a-t-il déclaré.

Autre élément qui alimente les commentaires : la réaction tardive des forces de l’ordre. Alors que le secteur est habituellement placé sous une forte surveillance, les manifestants ont pu tenir leur rassemblement pendant près de deux heures avant une intervention policière, sans affrontements majeurs.

En voulant répondre à la CENCO et défendre le projet de révision constitutionnelle, la Force du Progrès pourrait ainsi avoir offert à l’opposition un argument politique de poids. Si la Gombe a pu accueillir une manifestation d’un mouvement proche du pouvoir, la question se pose désormais de savoir si les mêmes conditions seront accordées à la marche annoncée par le C64 le 8 juillet. La réponse des autorités sera scrutée comme un test de leur impartialité dans la gestion des libertés publiques.

Rewil BOLIO

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