Kinshasa ezo bonga ? Non, Kinshasa ezo bunga (Tribune de Rewil BOLIO)

Ici, j’écris une réalité kinoise, la réalité que traverse la ville de Koko Ngaliema. Kinshasa perd sa valeur, sa beauté, sa hauteur et sa dignité.

Kinshasa n’est pas seulement embouteillée. Kinshasa est prise en otage.

Du boulevard Triomphal au boulevard Lumumba, en passant par Sendwe (pour ne citer que ce tronçon), la population kinoise paie chaque jour le prix de l’abandon, de l’improvisation et de l’irresponsabilité des décideurs.

Cette zone est devenue une véritable vallée de la mort. Les embouteillages sur ces axes stratégiques sont aujourd’hui pires que ceux de la Tshangu, longtemps symbole du chaos urbain. Des embouteillages monstres, interminables, qui durent parfois plus d’une demi-journée. À Kinshasa, il est devenu normal de quitter l’aéroport de Ndjili le matin et d’espérer atteindre Kintambo Magasin avant la tombée de la nuit. Pendant ce temps, un autre peut quitter Kinshasa et atterrir en France. Voilà le ridicule. Voilà la honte.

Le gouvernement provincial nous avait promis : « Kinshasa ezo bonga ».
La réalité est tout autre : Kinshasa ezo bunga.

La ville ne s’améliore pas, elle se perd. Elle s’enfonce dans le désordre, l’immobilisme et la souffrance quotidienne de ses habitants. Chaque embouteillage est une preuve vivante de l’échec de cette promesse.

Mais ce chaos n’est pas une fatalité. Il est le résultat de choix politiques clairs :
le choix de ne pas anticiper la croissance urbaine,
le choix de ne pas investir sérieusement dans les infrastructures,
le choix de sacrifier le temps, la santé et la dignité des Kinois.

Les travailleurs arrivent épuisés avant même de commencer leur journée. Les élèves apprennent dans la fatigue. Les malades souffrent sur la route avant d’atteindre un hôpital. Pendant ce temps, les autorités circulent à contresens, sirènes hurlantes, coupées de la réalité qu’elles imposent au peuple.

Kinshasa n’a pas besoin de slogans. Kinshasa a besoin d’actions.
Des routes praticables.
Des transports publics fiables.
Une gestion rigoureuse de la circulation.
Une vision claire pour une mégapole de plus de quinze millions d’habitants.

Se déplacer n’est pas un privilège, c’est un droit.
Forcer un peuple à survivre dans les embouteillages est une violence silencieuse.

On nous a promis Kinshasa ezo bonga.
Nous vivons Kinshasa ezo bunga.

Et le peuple n’oubliera pas.

Rewil BOLIO
Journaliste et Analyste socio-politique

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