18 février 2026 : entre célébration constitutionnelle et inquiétudes démocratiques (Éditorial)

Le 18 février 2026 aurait dû être avant tout un jour de célébration. Vingt ans plus tôt, la République démocratique du Congo adoptait sa Constitution du 18 février 2006, fruit d’un long processus de transition politique et d’un espoir collectif de refondation de l’État. Ce texte fondamental consacrait la séparation des pouvoirs, la garantie des libertés publiques, la protection des droits fondamentaux et l’encadrement strict de l’action des institutions.

Mais vingt ans après, la solennité de l’anniversaire contraste douloureusement avec certaines réalités. Une Constitution ne peut être réduite à un symbole. Elle est un pacte. Elle impose des limites au pouvoir, protège les citoyens contre l’arbitraire et fixe les règles du jeu démocratique. Lorsque des arrestations ou des enlèvements surviennent en dehors des procédures clairement établies par la loi, c’est l’esprit même de ce pacte qui vacille.

Le 18 février 2026 marque en effet un mois depuis l’enlèvement nocturne de l’honorable Aubin Minaku Ndjalandjoko, ancien président de l’Assemblée nationale et vice-président du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Un mois d’interrogations sur les conditions de cette opération, sur le respect des immunités, sur la régularité des procédures. Dans un État de droit, même la poursuite d’éventuelles infractions doit s’inscrire dans un cadre strict : mandat légal, respect des droits de la défense, transparence judiciaire. Toute action en marge des textes affaiblit la crédibilité des institutions.

Plus grave encore, la date rappelle qu’il y a désormais deux mois et deux jours que Emmanuel Ramazani Shadary a lui aussi été enlevé. Deux figures politiques majeures concernées dans un laps de temps rapproché. Quelles que soient les divergences partisanes, la protection des droits fondamentaux ne peut être sélective. La Constitution garantit l’égalité devant la loi et la sûreté individuelle. Ces principes ne souffrent d’aucune exception opportuniste.

Le contraste est saisissant : d’un côté, un texte constitutionnel célébré comme socle de la démocratie ; de l’autre, des faits qui interrogent sur son application concrète. La violation ou le contournement des procédures légales ne constitue pas seulement une irrégularité technique ; c’est une atteinte directe à l’équilibre institutionnel. Lorsque l’exécutif, les forces de sécurité ou toute autre autorité agissent en dehors du cadre légal, c’est la séparation des pouvoirs qui est fragilisée.Le 18 février 2026 ne doit donc pas être une commémoration mécanique. Il doit être un moment d’examen de conscience national. Vingt ans après la promulgation de la Constitution, la véritable question n’est pas ce qu’elle dit, mais ce que nous en faisons. Les textes existent. Les garanties sont écrites. Encore faut-il qu’elles soient respectées sans distinction, sans calcul et sans peur.Une Constitution ne vit pas par les discours, mais par la pratique quotidienne du droit. Et une démocratie se juge moins à ses anniversaires qu’à sa capacité à protéger, en toutes circonstances, les droits de chacun — y compris ceux des adversaires politiques.

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