Dialogue intercongolais : l’Angola transmet sa position à Kinshasa dans un climat de profondes divergences politiques

La République d’Angola poursuit discrètement mais activement ses consultations autour du dialogue intercongolais en République démocratique du Congo. Près d’une semaine après la mission effectuée à Luanda par une délégation congolaise porteuse d’un message du président Félix Tshisekedi à son homologue angolais João Lourenço, les autorités angolaises ont officiellement transmis leur position à Kinshasa sur la question sensible du dialogue national inclusif.

La délégation congolaise conduite par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État chargé du suivi de la feuille de route de Luanda et des organisations économiques régionales, ainsi qu’Adolphe Lumanu, coordonnateur adjoint de la Cellule Desk Grands Lacs, avait séjourné récemment dans la capitale angolaise dans le cadre des échanges diplomatiques liés à la crise sécuritaire et politique dans l’Est de la RDC.

Selon un communiqué du ministère angolais des Affaires étrangères, la réponse de Luanda a été remise au président congolais mercredi 20 mai 2026 à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, par un envoyé spécial du président angolais. Si le contenu exact de cette position n’a pas été rendu public par le ministère dirigé par Tété António, Luanda réaffirme néanmoins sa volonté de préserver des relations de bon voisinage et de coopération avec la RDC.

« Ayant reçu la réponse des autorités congolaises, le Gouvernement angolais leur a fait part de sa position par l’intermédiaire d’un Envoyé spécial reçu ce jour, 20 mai 2026, à Kinshasa, par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tchilombo ; le Gouvernement de la République d’Angola réaffirme sa volonté de maintenir des relations de bon voisinage, d’amitié et de coopération bilatérale avec la République démocratique du Congo », précise le communiqué angolais.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre des initiatives diplomatiques menées par l’Angola pour tenter d’aboutir à une solution pacifique au conflit qui secoue l’Est de la RDC. Le 9 février 2026, à Luanda, le président angolais João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine, avait reçu plusieurs personnalités engagées dans les efforts de paix, notamment Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé, désigné médiateur de l’Union africaine, ainsi que Olusegun Obasanjo, représentant les facilitateurs africains mandatés par l’Union africaine.

À l’issue de cette rencontre, Luanda avait reçu mandat d’engager des consultations avec l’ensemble des parties congolaises concernées afin de préparer les conditions d’un dialogue intercongolais inclusif. Selon le ministère angolais des Affaires étrangères, ces consultations ont bien eu lieu et ont permis d’élaborer une proposition de feuille de route ainsi qu’un cadre de référence destinés à organiser ce dialogue. Les documents auraient été officiellement remis au président congolais le 7 mars 2026 à Kinshasa.

Les autorités angolaises affirment également que l’ensemble de ce travail s’est inscrit dans le respect des mécanismes diplomatiques internationaux déjà en cours, notamment l’Accord de Washington du 4 décembre 2025, les engagements issus du processus de Doha ainsi que les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Sur le terrain politique congolais, cependant, le consensus reste loin d’être trouvé. Le camp présidentiel défend l’idée d’un dialogue conduit dans le strict respect des institutions républicaines et refuse toute initiative susceptible, selon lui, de remettre en cause l’ordre constitutionnel ou d’ouvrir la voie à l’impunité pour les groupes armés.

Face à cette position, une partie importante de l’opposition non armée continue de réclamer un dialogue placé sous l’égide conjointe de la Conférence épiscopale nationale du Congo et de l’Église du Christ au Congo. Les deux principales confessions religieuses du pays ont déjà proposé une feuille de route commune pour un dialogue national qu’elles veulent inclusif, crédible et indépendant du pouvoir politique. L’opposition accuse régulièrement le pouvoir de vouloir organiser un « simulacre de dialogue » destiné davantage à consolider sa position qu’à résoudre durablement la crise.

De leur côté, la CENCO et l’ECC insistent sur la nécessité d’un dialogue inclusif sans pour autant cautionner l’impunité. Les responsables religieux plaident pour des mécanismes de justice transitionnelle capables de concilier réconciliation nationale et responsabilité judiciaire. Ils estiment surtout qu’un retard prolongé dans l’organisation du dialogue risque d’aggraver l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

À ce jour, aucune date officielle n’a encore été annoncée pour la tenue du dialogue intercongolais. Pendant ce temps, les initiatives diplomatiques menées à Washington, Doha et Luanda peinent encore à produire des résultats visibles sur le terrain sécuritaire. Dans un climat marqué par la méfiance et les profondes divergences politiques, l’initiative angolaise apparaît désormais comme l’un des principaux leviers diplomatiques encore actifs pour tenter de rapprocher les positions congolaises et éviter une aggravation durable de la crise.

Rewil Bolio

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