Est de la RDC : Kigali redéfinit le récit du M23 et ouvre la porte à Kabila

Le président rwandais Paul Kagame opère un repositionnement stratégique dans sa lecture de la crise à l’est de la République démocratique du Congo. Face aux accusations persistantes, Kigali s’emploie à déconstruire l’idée d’un soutien au Mouvement du 23 mars, tout en assumant les effets sécuritaires de sa présence dans la région.

Sur ce point, le chef de l’État rwandais adopte une ligne claire : le M23 ne relève pas de l’influence de Kigali. « Le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23 », a-t-il affirmé, renvoyant ainsi la responsabilité du conflit à des dynamiques internes congolaises. Une déclaration qui s’accompagne d’une charge politique implicite, en évoquant une proximité entre ce mouvement et l’ancien président Joseph Kabila.

Mais au-delà du démenti, Kigali assume désormais une lecture sécuritaire plus directe : la présence de l’AFC/M23 est perçue comme un facteur de stabilisation à la frontière rwandaise. « Que cela plaise ou non, d’un point de vue sécuritaire, c’est une évidence », soutient Paul Kagame, affirmant que l’ensemble de la frontière avec la RDC est désormais « sécurisée ». Une position qui marque un glissement notable : d’un démenti d’implication à une reconnaissance des effets stratégiques du mouvement sur le terrain.

Dans ce contexte, la question du rôle des acteurs congolais prend une nouvelle dimension. Interrogé sur un éventuel passage de Joseph Kabila par le Rwanda pour rejoindre Goma, Paul Kagame adopte une posture d’ouverture. « Tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte pour un Congo stable sont les bienvenus », a-t-il déclaré, rejetant toute idée d’obstruction.

Cette position, présentée comme pragmatique, intervient pourtant dans un contexte sensible. L’ancien président congolais fait face à des poursuites judiciaires dans son pays, une situation que Kigali semble considérer comme relevant des dynamiques internes à la RDC. En refusant de s’y opposer, Paul Kagame se place en observateur actif plutôt qu’en acteur direct, tout en laissant entrevoir un possible rôle de facilitateur dans les recompositions politiques régionales.

À travers ces déclarations, Kigali ne se contente plus de nier : il redessine les lignes de responsabilité du conflit, en mettant en avant les fractures internes congolaises et en légitimant, sur le plan sécuritaire, les équilibres de fait sur le terrain.

Kerene Bausa Mbo

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