Kinshasa : Patrick Milunda défend son DEA et plaide pour la professionnalisation des députés nationaux

À Kinshasa, le week-end dernier, le chercheur Patrick Milunda a soutenu avec succès son Diplôme d’Études Approfondies (DEA) consacré à la performance des élus nationaux en République démocratique du Congo. Son travail scientifique, intitulé « Élus nationaux à l’épreuve des missions parlementaires en République Démocratique du Congo : nécessité d’un management des ressources humaines axé sur le recyclage des députés nationaux », propose une réflexion approfondie sur l’efficacité du travail parlementaire et les pistes d’amélioration de la gouvernance législative dans le pays.

Devant un jury académique et un public composé d’enseignants, de chercheurs et d’invités, le candidat a présenté les résultats d’une recherche portant sur la capacité des députés nationaux à accomplir efficacement les missions qui leur sont confiées par la Constitution, notamment la production législative et le contrôle de l’action gouvernementale.

Un diagnostic critique du fonctionnement parlementaire

Dans son exposé, Patrick Milunda est parti d’un constat : malgré le rôle central du Parlement dans la démocratie congolaise, plusieurs lacunes affectent la qualité du travail législatif, particulièrement au sein de la chambre basse.

Selon l’étude, ces faiblesses se manifestent notamment par des difficultés de maîtrise des procédures parlementaires, un niveau de formation parfois insuffisant chez certains élus, ainsi qu’une confusion entre les missions du pouvoir législatif et celles du pouvoir exécutif.

Le chercheur rappelle que les députés nationaux devraient disposer de compétences multiples théoriques, techniques et pratiques afin de légiférer efficacement, évaluer les politiques publiques et représenter dignement les citoyens. Or, certaines réalités observées au cours de la troisième législature de la IIIe République (2018-2023) montrent des limites dans l’exercice de ces fonctions.

Une enquête de terrain auprès des députés et des citoyens

Pour étayer son analyse, Patrick Milunda a mené une enquête empirique à Kinshasa auprès de 568 personnes, dont 64 députés nationaux et 504 citoyens électeurs.

Les résultats révèlent un décalage significatif entre la perception du rôle des députés et la réalité de leurs missions. Si 77 % des citoyens affirment connaître les députés nationaux comme représentants du peuple, une proportion importante exprime néanmoins une appréciation critique de leurs prestations.

Du côté des parlementaires interrogés, 68 % reconnaissent que des erreurs ou bavures se produisent régulièrement lors des séances plénières, notamment liées à la langue, à la connaissance des procédures ou à la compréhension des missions parlementaires.

L’étude identifie également plusieurs indicateurs de contreperformance, parmi lesquels la faible initiative dans la proposition ou l’amendement des lois, ainsi que des insuffisances dans l’initiation des missions parlementaires.

Les causes identifiées

L’auteur attribue ces difficultés à plusieurs facteurs structurels. Il pointe notamment :

  • le processus de sélection des candidats par les partis politiques, souvent peu fondé sur les compétences ;
  • les limites du système démocratique dans un contexte où l’accès à l’éducation reste inégal ;
  • la méconnaissance des missions parlementaires par certains candidats et électeurs.

Selon lui, ces éléments contribuent à la présence au Parlement de profils parfois insuffisamment préparés aux exigences du travail législatif.

Une solution : recycler et former les élus

Face à ce constat, Patrick Milunda propose l’adoption d’un nouveau paradigme de gestion des ressources humaines politiques, inspiré des principes du management moderne.

Sa principale recommandation consiste à créer une École de Recyclage des Élus du Peuple (EREP), une institution spécialisée chargée de former et de perfectionner les députés nationaux.

Cette école dispenserait des modules en droit constitutionnel et parlementaire, rédaction législative, contrôle de l’action gouvernementale, communication politique, éthique publique, géopolitique et maîtrise des outils numériques.

L’auteur suggère également la mise en place d’un programme de formation continue structuré en deux phases : en amont et en aval du mandat, accompagné de dispositifs de coaching et de mentorat.

Selon lui, la professionnalisation de la fonction parlementaire est indispensable pour améliorer la qualité des lois, renforcer le contrôle de l’exécutif et restaurer la confiance des citoyens envers leurs représentants.

Un plaidoyer pour la qualité du capital humain politique

Au terme de sa présentation, Patrick Milunda a insisté sur l’importance d’investir dans les compétences des élus.

« Former les députés nationaux revient à investir dans le capital humain de la nation », a-t-il souligné, estimant que la performance du Parlement dépend largement de la qualité des femmes et des hommes qui le composent.

Profitant de cette occasion académique, le chercheur a adressé ses remerciements aux comité d’encadrement de son mémoire et plus particulièrement au professeur Tony Kanyinda, l’un des parrains de cette étape importante de son parcours scientifique.

Patrick Milunda a salué son accompagnement intellectuel et son soutien académique, soulignant le rôle déterminant que celui-ci a joué dans l’aboutissement de ses travaux.

La soutenance de ce DEA constitue ainsi une contribution scientifique significative au débat sur la gouvernance parlementaire et la consolidation de la démocratie en République démocratique du Congo.

La Rédaction

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